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Les entreprises prévoyantes se font rares



Au moment où la tarification du carbone prend de l’ampleur, le pourcentage d’entreprises ayant décidé de se doter d’un prix fictif à l’interne ne reflète pas toujours l’engouement général du monde des affaires pour la nécessité de combattre les changements climatiques.
Selon une consultation récente effectuée par la firme-conseil Ernst Young auprès de 116 sociétés un peu partout dans le monde, la moitié d’entre elles (48 %) appuient la tarification, alors que seulement 7 % s’y opposent fermement. Un troisième contingent, 45 %, se dit neutre.
Quels que soient les avis, la tarification du carbone s’est imposée comme un sujet de discussion incontournable depuis un an et demi, et un nombre grandissant d’États et de gouvernements régionaux en ont adopté une forme ou une autre. Parmi les principaux mécanismes figurent le plafonnement et l’échange de droits d’émissions et l’instauration d’une taxe.
Or, indique le sondage, seulement 15 % des entreprises ont adopté un prix à l’interne afin d’anticiper le risque associé aux coûts. « Cette façon de faire peut être utile afin d’anticiper le risque associé au coût du carbone et de refléter l’impact des politiques à venir, par exemple en prévoyant les systèmes de plafonnement et d’échange de droits d’émissions », a écrit E Y en insistant sur l’urgence de prévoir le passage à une croissance durable dans un environnement à faible carbone.
En chiffres absolus, le phénomène s’accroît. À l’échelle mondiale, le groupe Carbon Disclosure Project (CDP) a recensé cette année 435 compagnies ayant adopté un prix interne, trois fois plus qu’en 2014. Au Canada, elles étaient au nombre de 97, soit le double de l’année précédente.
Mais comme le révèle le rapport du CDP, les prix internes varient beaucoup. Canadian Tire, par exemple, le fixe quelque part entre 6,36 $ et 30 $ américains, comparativement à 7,53 $ à la Banque TD et 11,30 $ chez Canadian Oil Sands. ExxonMobil le fixe à 80 $. (Au Québec, les droits d’émissions mis aux enchères ces temps-ci se vendent autour de 16 $ canadiens la tonne.)
Un marché du carbone comme celui du Québec et de la Californie repose sur l’émission de droits d’émissions auprès des entreprises émettrices. Celles qui excèdent leur plafond autorisé doivent acheter des droits, alors que celles qui arrivent à réduire leurs émissions peuvent vendre leurs droits. L’Ontario a choisi d’embarquer, tout comme le Manitoba. La Colombie-Britannique, de son côté, a instauré une taxe carbone. Dans le monde, 40 États et 20 gouvernements régionaux se sont dotés d’une forme de tarification du carbone.
Et chez les PME ?
Le sondage d’Ernst Young a été effectué auprès de grandes entreprises, dont les moyens financiers sont plus amples. Sur les 116 répondantes, 63 % ont un chiffre d’affaires inférieur à 5 milliards de dollars américains, comparativement à 25 % qui se trouvent au-delà de 10 milliards.
Le défi d’une telle analyse à l’interne, cependant, est encore plus imposant pour les petites et moyennes entreprises, dont environ 10 % se trouvent dans le transport et la fabrication, deux secteurs visés par la réglementation.
« En ce qui concerne le prix interne, c’est lent comme progression », dit Jean Nolet, directeur général de Coop Carbone, qui a pour objectif d’aider ses membres, dont des petits émetteurs, à tirer profit du marché du carbone et à réduire leurs émissions. « Les entreprises sont encore en train de se familiariser avec le marché du carbone et sont, de manière générale, davantage en mode réactif que proactif. »
L’établissement d’un prix à l’interne « implique que l’entreprise a fait des démarches à l’interne, souvent pour établir quel est son coût de réduction de GES, qu’elle est au fait de la dynamique des prix et qu’elle a une vision des prix dans le futur, dit M. Nolet. Dans les petites entreprises, on est encore un peu loin de ce niveau d’analyse. »
M. Nolet est très optimiste pour l’action des PME au cours des prochaines années. « Ce n’est pas du tout impossible que, dans les prochains cinq ans, on voie percoler une nouvelle logique chez les PME. […] Même si je ne suis pas capable de vous donner des signaux très avant-coureurs, la tendance me semble très intéressante. Il y a tellement de choses qu’on n’avait pas vues venir au cours de la dernière année. Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas un phénomène qu’il ne va pas se produire. »