Bolsa e Inversión
Una fuente indispensable de información a su servicio

La Grèce aura du mal à faire face à ses prochains remboursements



Chaque jour rapproche un peu plus Athènes de l’asphyxie financière. Malgré l’accord conclu lundi 13 juillet au matin entre le gouvernement d’Alexis Tsipras et ses partenaires européens, après plus de 15 heures d’âpres négociations, il faudra plusieurs jours avant que le pays puisse toucher la nouvelle aide de 82 à 86 milliards d’euros envisagée.
Le Parlement grec devra notamment approuver les pistes de réforme évoquées, comme la hausse de la TVA, avant le 15 juillet. Le plan devra ensuite être validé par différents Parlements des pays membres de la zone euro. Il faudra, enfin, que le Mécanisme européen de stabilité (MES) débloque le nouveau prêt envisagé. Pour cela, son conseil des gouverneurs, qui rassemble les dix-neuf ministres des finances de la zone euro, devra tomber d’accord à l’unanimité. « Il n’est pas impossible qu’une procédure d’urgence soit enclenchée afin de libérer au moins une partie des fonds plus rapidement », confie une source européenne.
Car il y a urgence : les caisses d’Athènes sont vides. Et le pays doit faire face à plusieurs remboursements dans les jours à venir. Le 14 juillet, le pays doit rembourser l’équivalent de 20 milliards de yen (146 millions d’euros) d’obligations « samouraï ». Il s’agit de titres de dette émis par l’Etat grec en 1995 dans la monnaie nippone, et vendus à des investisseurs privés. La somme est peu importante au regard du montant total de la dette publique grecque (315 milliards d’euros, soit 177 % du produit intérieur brut).
Seulement voilà : le 30 juin, Athènes a déjà échoué à rembourser le 1,6 milliard d’euros qu’elle devait au Fonds monétaire international (FMI). Et les analystes s’interrogent sur la capacité du pays à rembourser également les obligations samouraï.
« Un défaut auprès de créanciers privés serait grave, car il priverait la Grèce d’un accès aux marchés financiers pendant des années encore, confie un banquier parisien. Le gouvernement Tsipras a néanmoins laissé entendre qu’il ferait son possible pour honorer cette échéance. »
Ce n’est pas la seule. Le 20 juillet, le pays devra également rembourser 3,5 milliards d’euros à la Banque centrale européenne (BCE). Or, les caisses de l’Etat sont vides.
La nécessité de soutenir au plus vite les banques
Fermées depuis le 29 juin et soumises à un strict contrôle des capitaux (les retraits sont limités à 60 euros par jour et par personne), les banques sont au bord de l’asphyxie. Elles ne survivent aujourd’hui que grâce à l’aide d’urgence ELA fournie par la BCE, via la banque de Grèce, jusqu’ici plafonnée à 89 milliards d’euros.
Selon les calculs de Natixis, ce plafond ne sera plus suffisant dès cette semaine. S’il n’est pas relevé, les banques hellènes seront rapidement en manque de liquidités, puis insolvables. « Il faudrait alors recapitaliser les établissements au plus vite, mais le gouvernement ne dispose d’aucune réserve », expliquent les économistes de Natixis dans une note sur le sujet. Un scénario catastrophe qui, faute d’accord rapide, précipiterait le pays vers une sortie de l’euro.
Un scénario catastrophe qui devrait être évité si, comme cela semble se profiler, la nouvelle aide au pays sera en partie utilisée pour recapitaliser les banques, à hauteur de 25 milliards d’euros.
Le sort de la Grèce repose donc, en partie, sur les épaules de la BCE. Son conseil des gouverneurs devait se réunir lundi 13 juillet pour décider s’il maintient ou non sa perfusion. L’institution se retrouve dans une position particulièrement délicate. D’un côté, elle réserve en théorie ses aides d’urgence aux établissements solvables – or certains de ses membres, en particulier le gouverneur de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, jugent que ce n’est plus le cas des banques hellènes. Et d’un autre côté, la BCE ne veut pas être celle qui « appuie sur la gâchette » et précipite la Grèce hors de la zone euro.
La BCE devrait maintenir ses financement d’urgence
Maintenant qu’Athènes et ses partenaires européens sont parvenus à un accord, il est probable que la BCE maintiendra sa perfusion d’urgence aux banques grecques. Toute la question est de savoir si elle augmentera le plafond des ELA avant le 20 juillet, date à laquelle la Grèce doit rembourser 3,5 milliards d’euros à l’institution.
Là encore, tout porte à croire qu’elle le fera. Mais plusieurs options sont possibles. La première serait que la banque de Grèce demande aux autres États de la zone euro d’apporter leur garantie au relèvement des ELA. Mais il faudrait pour cela que l’Allemagne donne son accord, ce qui est toujours délicat.
Une autre option, évoquée par des analystes mais beaucoup plus incertaine, serait que la Banque centrale européenne repousse de quelques jours le remboursement du 20 juillet, afin de s’assurer qu’Athènes bénéficiera de l’aide financière nécessaire d’ici là. Si le pays passe cette échéance sans encombre, le gouvernement Tsipras pourra souffler. Du moins jusqu’au 20 août. Ce jour-là, le pays devra débourser 4,3 milliards d’euros, dont 1 milliard d’obligations d’Etat arrivant à échéance, 3,2 milliards dus à la BCE et 182 millions au FMI.