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La BCE prise entre deux feux


Le pire cauchemar de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), est peut-être sur le point de se réaliser. Dimanche 28 juin au soir, le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a placé l’institution sur le banc des accusés, aux côtés des ministres des finances de la zone euro. « Les récentes décisions de l’Eurogroupe et de la BCE n’ont qu’un objectif : réprimer la volonté du peuple grec », a dénoncé M. Tsipras sur Twitter, peu après avoir annoncé la fermeture des banques et l’instauration du contrôle des capitaux.
Une accusation terrible. Mais est-elle justifiée ? Question de point de vue. Pour certains observateurs, la décision prise par la BCE, un peu plus tôt dans l’après-midi, à savoir de maintenir les financements d’urgence (les « ELA ») accordés aux banques grecques mais sans les augmenter, a cristallisé les difficultés du système bancaire et contraint Athènes à instaurer le contrôle des capitaux.
Ces dernières semaines, l’institution avait régulièrement relevé le plafond des liquidités d’urgence (jusqu’à 89 milliards d’euros), de manière à ce qu’elles couvrent les fuites des dépôts, plus élevées de jour en jour. Mais elle a changé de ton dimanche, en cessant de remonter ce plafond.
La BCE n’a pas eu le choix
Mais quoi qu’en dise le gouvernement Tsipras, la BCE n’a pas tellement eu le choix. « Elle ne pouvait pas continuer de tenir à bout de bras les banques en dehors de tout cadre contractuel européen », estime Jean Pisani-Ferry, le patron de France Stratégie. L’institution, en somme, était obligée de prendre acte de la brutale interruption des négociations entre Athènes et ses créanciers ce week-end, et de l’annonce, vendredi 26 juin, d’un référendum sur la poursuite ou non du plan d’aide européen par M. Tsipras.
Lire aussi : Le choix cornélien de la BCE
Le choix du gouvernement grec de faire campagne pour le « non » a soulevé l’ire de la Bundesbank, la banque centrale allemande, qui milite pour que la BCE suspende totalement les ELA. Ce n’est pourtant pas la stratégie que M. Draghi a choisi de suivre. Depuis l’arrivée de la gauche radicale de Syriza au pouvoir, en février, l’institution tente de minimiser le rôle politique et central qu’elle occupe malgré elle dans le dossier grec.
Le 4 février, elle avait coupé son principal robinet de financement aux banques hellènes – mais tout en leur garantissant l’accès aux ELA –, pour éviter que les politiques européens ne se défaussent sur elle. Son pari était alors qu’en les mettant au pied du mur, elle contraindrait les partenaires de la zone euro à prendre une décision au plus vite.
Rester sur la même ligne
« Malgré les critiques du gouvernement Tsipras à son égard, elle se montre bien plus conciliante qu’elle ne l’avait été avec l’Irlande ou Chypre », estime Frederik Ducrozet, au Crédit agricole CIB. L’institution ne veut surtout pas être celle qui tirera sur la gâchette en poussant Athènes hors de la zone euro.
Que fera-t-elle ces prochains jours ? Selon toute vraisemblance, elle restera sur la même ligne : tenter de regagner les coulisses en laissant les politiques européens sur le devant de la scène, dans l’espoir qu’un accord de dernière minute soit conclu. D’après une source européenne, aucune nouvelle décision sur les ELA ne devrait être prise avant mercredi 1er juillet.
La veille, la Grèce aura probablement échoué à rembourser le 1,6 milliard d’euros qu’elle doit au FMI. « Mais cela ne changera rien pour la BCE, qui a déjà intégré ce scénario, estime Nicolas Véron, économiste au think tank Bruegel. Pour elle, la véritable échéance sera le référendum du 5 juillet, s’il a bien lieu. »
« Stand-by »
D’ici là, la BCE devrait rester en « stand-by ». Si le « oui » l’emporte (que les Grecs votent pour la poursuite des réformes et le maintien dans la zone euro), l’institution poussera un soupir de soulagement et maintiendra, voire relèvera le plafond de ses ELA. Si, en revanche, les Grecs votent « non », elle n’aura pas d’autre choix que de réviser sa position.
« En théorie, les ELA ne peuvent être accordées qu’à des banques solvables », rappelle Eric Dor, économiste à l’école de management Iéseg. Jusqu’ici, M. Draghi s’est engagé à les maintenir tant qu’un accord serait en vue. Un « non » au référendum, cumulé au non-remboursement du FMI, changerait la donne. « La solvabilité des banques grecques serait de fait dégradée », explique M. Dor.
Maintenir les ELA mettrait alors en péril la santé financière de la banque centrale, comme sa crédibilité. Sur un vote à la majorité des deux tiers du conseil des gouverneurs, elle déciderait probablement de durcir les conditions d’accès aux ELA. Puis de les réduire. Pour continuer à payer les fonctionnaires et verser les retraites, la Grèce, privée de liquidités, n’aurait alors pas d’autres choix que d’imprimer une ou plusieurs monnaies parallèles. Un premier pas vers le « Grexit »…